Verset(s) de la Bible Jn 9

Cet évangile fait partie des grandes catéchèses de carême (année A). C'est qu'il fait faire tout un chemin de reconnaissance du signe... jusqu'à la reconnaissance de Celui qui l'a opéré. 
Mais quel est ce signe ?
En quoi est-ce un signe ?
Et en quoi peut-il mettre révéler qui est Jésus ?
La remise dans le contexte juif de l'époque est précieuse pour répondre à ces questions. 

L'aveugle-né

(9,1)  En passant, il vit un homme aveugle de naissance.
(9,2)  Ses disciples lui demandèrent : "Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ?" 
(9,3)  Jésus répondit : "Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.
(9,4)  Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler.
(9,5)  Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde."
(9,6)  Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l'aveugle... 
Bible de Jérusalem (Ed. 1975)

Pour voir le texte biblique complet de Jn 9

Voir aussi (Les fondements bibliques, pages 385 et 517)
Ce tableau permet de situer la genèse d'un texte biblique (Mémoire, Écriture, Relecture) dans un contexte
de religions environnantes, seuil par seuil, dans des expressions de foi situées.
Religions environnantesSeuilExpressions de la FoiGenèse du texte
 
  La religion mésopotamienne 1 Les dieux du ciel - Aux origines    
  La religion égyptienne Patriarches - Le semi-nomadisme    
  La religion d'Ugarit Assimilation/rejet - Immigration    
 Début de l'écriture biblique
    - VIIIe siècle Le Baal syro-phénicien 2 Luttes contre Baal - Royaumes unifiés    
    - VIIe siècle Le Marduk assyrien Trahison du frère - Chute de Samarie    
L'Alliance - Le Temple de Josias    
    - VIe siècle Le Marduk babylonien Hénothéisme - L'Exil    
    - Ve siècle
- IVe siècle
Mazdéïsme perse Monothéismes d'Alliance MÉMOIRE 1  
Prêtres et Légistes - Second Temple    
Courant apocalyptique    
    - IIIe siècle L'Hellénisme égyptien Hellénisation - Alexandre    
    - IIe siècle L'Hellénisme syrien Persécutions - Antiochus IV    
    L'Hellénisme syrien Séparation des Asmonéens - Esséniens    
    - Ier siècle Rome La foi dans un Judaïsme éclaté    
 
    de 0 à 33 Judaïsme officiel et apocalyptique sous domination romaine 3 Jésus, irruption d'un nouveau monde    
Jésus et le Temple    
Jésus et la Torah ECRITURE 1  
Jésus et la Pâque    
 Premiers écrits du Nouveau Testament
    de 33 à 70 Judaïsme officiel 4 A Jérusalem    
Missions Judéo-chrétiennes RELECTURE 1  
En Samarie    
En Syrie    
A Rome    
A Ephèse    
 La tradition patristique
    + 135 Judéo-christianisme   Les Pères apostoliques    
Les Pères d'Orient    
Les Pères d'Occident    
Les Pères du désert    
Des Victorins aux Scholastiques    
 
À la fête de Sukkot (Jn 7) et (Jn 8), Jésus s'est défini comme la "lumière" et comme "l'eau" qui était remontée de la piscine de Siloé jusqu'au Temple ; un "signe" vient conforter ses dires.
De nombreux exégètes dont (R. Brown) s’accordent pour dire aujourd’hui que c’est à l’issue de cette fête de Sukkot que Jésus a été condamné à mort.
La fête de Sukkot se termine au chapitre 8 (Jn 8).
Dans les évangiles synoptiques, le procès, la Passion et la crucifixion ont lieu sur huit jours : une Semaine Sainte.

A la différence des synoptiques, Jean rapporte l’épisode des vendeurs chassés du Temple lors de la première Pâque (Jn 2) ; et la Sainte Cène est insérée en (Jn 6), à la suite de la multiplication des pains à Capharnaüm, lors de la deuxième Pâque. Jean remplace la Cène de la dernière Pâque par le « lavement des pieds » (Jn 13) ; elle inaugure la troisième Pâque.

Aveugle de naissance

(9,1)  En passant, il vit un homme aveugle de naissance.
A la fête de Sukkot (Jn 8), Jésus vient de dire "Je suis la lumière du monde" (Jn 8,12) (+1) et de se présenter comme l'eau symbole de la Torah : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi" (Jn 7,37). Ce sont les attributs de la lumière céleste et ceux de la Torah rituellement célébrée à la fête ! C'en est trop pour les prêtres qui décident de faire mourir Jésus (+2). Suit le récit de l'aveugle-né.

Jésus rencontre un aveugle, quelqu'un qui est interdit de Temple (+3).
L'aveugle est aveugle "de naissance" comme si la lumière revenait à cet homme qui l'a perdue depuis l'origine. Serait-il une image d'Adam ? La question est tout de suite posée.

(9,2)  Ses disciples lui demandèrent : "Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ?"
Dans le contexte que l'on vient de décrire, cette question suggère évidemment le péché personnel (judaïsme officiel) ou le péché d'origine (apocalyptique) qui attend soit le jugement final soit une nouvelle manifestation du pardon divin pour une nouvelle Alliance.

(9,3)  Jésus répondit : "Ni lui ni ses parents n'ont péché (+4), mais c'est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu (+5)
La réponse de Jésus ne regarde pas vers le débat sur l'originel. Il donne raison à l'apocalyptique en la confirmant dans son espérance : il est aveugle pour que soit manifestée en lui les "œuvres de Dieu" c'est-à-dire le miracle que Jésus va faire. Jésus dira la même chose pour le miracle qui va suivre : la Résurrection de Lazare (Jn 11,4).

(9,4)  Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler.
Jésus se sait condamné à mort. Ce sera la "nuit". Il faut qu'il manifeste la "nouvelle Alliance" attendue tant qu'il fait jour (+6).

(9,5)  Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.
Et Jésus réitère la révélation qu'il a faite de lui-même à la fête de "Sukkot" : "Je suis la lumière du monde", cette lumière adorée par les "Perses" et que les juifs avaient célébrée comme la première des créatures de YHWH (Gn 1,3) et donc avant la Torah préexistante au monde (Si 24,23) ; (Ba 4,1) ou contemporaine d'elle.
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(+1)  
La place de la lumière à la fête de Sukkot est précisée dans Zacharie (Za 14,7) : « Il arrivera, en ce jour-là, qu’il y aura un jour unique. Plus de jour ni de nuit, mais au temps du soir, il y aura de la lumière. » La différence entre le jour et la nuit s'estompait pendant une semaine entière, tant il y avait de flambeaux et de torchères dans la cour du Temple. Ceci, évidemment, pour célébrer la Lumière éternelle. 
La lumière est réservée dans le ciel depuis la création (Gn 1,3) où, le premier jour, ce qui était adoré comme le Mazda perse n'est plus qu'une créature de YHWH. Au quatrième jour les porteurs de lumière que sont le soleil et la lune ne sont plus que les marques du calendrier liturgique du peuple élu. La lumière manifestée est créée (contrairement au dieu Mazda des Perses) ; c’est la Torah, symbolisée aussi par l'eau que l'on remontait en procession depuis la piscine de Siloé (Shaliah/envoyé).

(+2) 
Les récits synoptiques rassemblent la Passion et la Mort de Jésus en une Semaine Sainte qui commence par la fête des Rameaux. 
Jean, entre le procès de Sukkot (Jn 7) et (Jn 8) et cette dernière Pâque, présente une sorte de triptyque qui commence par (Jn 9) : l’aveugle-né. Au centre, il place un texte sur la Dédicace au Temple qui ne se trouve pas chez les Synoptiques. Cet épisode au Temple remplace les vendeurs chassés du Temple des synoptiques par son expression liturgique. Jean y célèbre la consécration de Jésus comme nouveau Temple.
Enfin le troisième volet de ce triptyque sera la résurrection de Lazare en (Jn 11). Ainsi, dans un premier temps (Jn 9), L’aveugle-né. Dans un deuxième (Jn 10) Jésus, Temple et Prêtre et enfin (Jn 11) La résurrection de Lazare. 

(+3) 
Il sera question d’un aveugle, mendiant à la porte du Temple que Jésus envoie se laver et qui revient guéri. Aveugle, cet homme n’a pas le droit d’entrer au Temple parce qu’aveugle et incapable de voir Dieu. Or, le Temple, c’est toujours « être sous le regard de Dieu » (en hébreu, on ne peut voir Dieu, ni prononcer son nom). Mais Dieu, lui, nous voit. On croise son regard – ce que l’aveugle est incapable de faire, puisqu’il n’a pas de regard ! Il ne peut donc entrer dans le Temple : il ne peut croiser le regard de Dieu.

(+4) 
C’était là une question assez fondamentale dans le judaïsme. Il y avait des gens pour dire que chacun était pécheur. C’est le propos du prophète Ézéchiel : « Chacun est pécheur pour soi. Personne ne peut rien faire pour le péché du frère. » Chez Ézéchiel, comme tout un chacun est pécheur, il ne doit pas s’étonner de la punition qui lui advient. Il n’y a pas à imputer la faute à un autre car chacun est bien assez coupable devant sa propre conscience pour comprendre qu’il mérite bien les peines qui l’accablent. 
Dans le Deutéronome au contraire, on est pécheur de père en fils sur quatre générations. Le péché du père porte sur quatre générations. Il était très important pour le deutéronomiste qu’il en soit ainsi, puisqu’il avait connu le roi Josias, un saint homme, mort misérablement à Megiddo. Comment  se fait-il que Josias n’ait pas connu le succès qu’il escomptait ? Lui qui a refait la Torah, lui qui a « inventé » l’Exode – affirme Finkelstein – et ce n’est tout de même pas banal ! Lui qui était un grand homme, un saint homme, comment se fait-il qu’il périsse misérablement ? Il faut remonter quatre générations d’ascendants pour découvrir le misérable Manassé qui, chez les historiens deutéronomistes, a tout accompli de travers. En réalité, si on lit les annales des autres cours, il y a convergence pour dire que, s’il y a eu un génie en Israël, c’est bien Manassé ! Il devait avoir fait la politique des païens, aux dires des deutéronomistes, d’accord. Mais en réalité, Manassé avait le profil d’un grand homme d’Etat. Il a réussi à éviter plusieurs guerres à son peuple. Mais le deutéronomiste devait bien expliquer pourquoi Josias était mort misérablement sans l’avoir mérité. On pourra toujours montrer du doigt quelqu’un qui portera la responsabilité de la mort de Josias. Cette théologie deutéronomiste avait trouvé le moyen facile de rendre justice à Dieu tout en expliquant le malheur. On se situe ici dans ce genre de théologie en accusant les parents ! 

« Est-ce lui qui a péché ou est-ce que ce sont ses parents ? » Sommes-nous dans la théologie d’Ézéchiel ou dans celle du Deutéronome ? Et Jésus répond : « Ni du côté de l’un, ni du côté de l’autre, car nous sommes dans la théologie apocalyptique ! » Cette manière de voir n’était pas reconnue par le judaïsme officiel qui refusera toujours que le péché d’Adam ait pu hypothéquer l’avenir de toute l’humanité – comme encore dans un article récent de Lévy. Ce n’est pas possible ! Le péché d’Adam n’est que le premier péché d’une longue liste de péchés, mais il n’a pas pu marquer l’avenir de manière irréversible. Le péché d’Adam n’a pas eu plus d’incidence que le mien aujourd’hui. Ceci, c’est l’opinion du judaïsme officiel classique : il n’y a pas de péché originel. L’avenir de l’humanité n’a été compromis par aucun péché déterminant. Aucun péché ne peut nous séparer de la Shekinah (de la présence) de Dieu. Tout comme la Torah est donnée au Peuple d’Israël, jusqu’à la fin des temps, avec la nécessité, pour Israël, d’amener tous les peuples à la colline de Sion en témoignant de la manière dont il gère le nom de Dieu et sa présence éternelle et sans repentance (expression qui, chez les juifs, n’a pas la même signification que dans les textes de Vatican II). Aucun péché, pour eux, n’a pu amener Dieu à se retirer (contrairement à ce que dit l’apocalyptique). 

Ici, Jésus dit en (Jn 9,3) que ce n’est ni Ezéchiel, ni le Deutéronome, mais l’apocalyptique. « Ni lui, ni ses parents, n’ont péché. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui… » Jésus se démarque des courants de pensée traditionnels. Si cet homme est aveugle de naissance, s’il est coupé de Dieu depuis sa naissance, c’est qu’il y a un aveuglement (que vous refusez d’admettre) qui va nécessiter une apocalyptique, une révélation, un pardon, un prophète. Le péché va nécessiter un révélateur et donc, un juge. Vous allez retrouver tous les titres de Jésus qui vont jalonner (Jn 9). L’enjeu est là ! « Pour que la gloire de Dieu soit manifestée ! » Pour que le monde entier admette qu’il est lui-même bien aveugle et qu’il a besoin d’une apocalypse, d’une révélation. Si vous admettiez que Dieu s’est retiré à cause de votre péché, vous pourriez en recevoir le pardon. Mais vous dites : « Nous voyons ! ». Alors votre péché demeure.

(+5) 
Pourquoi l’aveugle est-il né aveugle ? Pour que la gloire de Dieu soit manifestée ! Pourquoi Lazare meurt-il ? Pour que la gloire de Dieu soit manifestée ! Et la gloire de Dieu, elle se situe évidemment entre les deux récits : celui de la Dédicace et du Bon Pasteur ! 
La signification théologique des marchands chassés et du triptyque de Jean : « Aveugle-né », « Bon Pasteur », « Résurrection de Lazare » est exactement identique : Jean révèle ici sa Gloire !
« Pour que soient manifestées les œuvres de Dieu » Ta erga chez Jean. « les œuvres de Dieu », ce sont toujours les miracles. Pour que les miracles de Dieu soient rendus évidents, pour que les miracles de Dieu soient manifestés en lui. Il s’agit de la capacité de Dieu à re-créer les choses. Un aveugle de naissance se verra re-créé dans toute sa personne. Pour qu’un monde voilé par le péché puisse voir la gloire de Dieu. 

(+6) 
« Il nous faut faire les œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait encore jour. Vienne la nuit, nul ne peut plus œuvrer » (Jn 9,4). 
Il fait encore jour, et là, je dois être pleinement le Shaliah de Dieu, l’alter ego de Dieu, être à l’image, l’icône de Dieu, jusqu’au bout, comme il m’a dit de le faire. Il est encore jour, il est encore possible de le faire. La nuit arrive, le shabbat final, le grand jugement dans lequel Satan sera précipité et les justes se trouveront sauvés. Mais chez Jean, le Shabbat final, c’est aussi une autre chose : dans la chronologie de Jean, la Pâque, c’est un shabbat ! Il fait maintenant encore jour, pour montrer les œuvres de Dieu, mais la nuit vient, la mort de Jésus vient ! Saint Jean a cette originalité d’avoir placé en Shabbat la Pâque de Jésus ! Donc, on peut en faire la double lecture : le Grand Shabbat va arriver, mais auparavant il y aura le Shabbat de la mort de Jésus. C’est ici une phrase qui prépare la Pâque de Jésus. La composition de Jean est très belle, parce que la résurrection de Lazare sera la prémonition de la Pâque de Jésus. 
« Aussi longtemps qu’il fait encore jour, accomplissons les œuvres de Dieu. » Il va donc réaliser les œuvres de Dieu, malgré les gens qui sont devant lui et qui viennent de le condamner lors de la fête de Soukkot. Et, comme par hasard, il va faire ce miracle en Shabbat ! Puisque c’est en shabbat qu’il juge ! 

« Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9,5). 
Il reprend le motif de sa condamnation, la proclamation qu’il a faite à la fête de Soukkot : « Je suis » la lumière du monde ! La « lumière », c’est la Torah en tant qu’elle est auprès de Dieu comme Lumière. Si vous lisez le Pseudo-Philon, la Torah céleste est toujours appelée la Lumière. C’est la Torah céleste ! Il y a ici un homme aveugle de naissance, parce que le péché l’a privé de la lumière en provoquant le départ de Dieu. « Je suis la lumière du monde ! » Et si je suis là pour manifester le miracle de Dieu (les œuvres de Dieu), on va pouvoir rendre la lumière à celui qui est fondamentalement aveugle, aveugle de naissance. Et vous verrez ainsi la gloire de Dieu. Et vous pourrez constater par vous-mêmes que je suis effectivement « la lumière » puisque j’ai le pouvoir de la rendre à cet homme. 
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Une écriture en contrepoint de l'événement de la fête précédente : Sukkot.

Le scandale en shabbat

(9,6)  Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l'aveugle.
Habituellement Jésus guérit par sa Parole. Mais ici il fait des gestes qui peuvent s'apparenter à de la magie. A moins qu'il n'évoque l'action créatrice de YHWH tirant l'homme de la boue lors de sa création.

(9,7)  et lui dit : "Va te laver à la piscine de Siloé" - ce qui veut dire : Envoyé. L'aveugle s'en alla donc, il se lava et revint en voyant clair.
Le Temple est au sommet de la colline de Sion et la piscine de Siloé est cinq cents mètres plus bas. Jésus avait dit : « Je suis la Lumière du monde » (Jn 8,12) ; (Jn 9,5) et encore : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi" (Jn 7,37), comme s'il prenait la place de l'eau de la Torah puisée à la piscine de Siloé et portée en procession dans la cour du Temple, au son des acclamations "any hou"/"je suis celui-là". Ce terme renvoie à la révélation de Dieu à Moïse : "YHWH/Je serai qui je serai" (Ex 3). Jésus vient donc rendre la lumière à la terre ainsi que la Torah, symbolisée rituellement par l'eau de Siloé dont le nom signifie "l'envoyé". Or Jésus se définit comme "l'Envoyé" (= shaliah) (Jn 5,19-30): il a les mêmes prérogatives en sabbat que son Père. Voir (Jn 5)

(9,8)  Les voisins et ceux qui étaient habitués à le voir auparavant, car c'était un mendiant, dirent alors : "N'est-ce pas celui qui se tenait assis à mendier ?"
(9,9)  Les uns disaient : "C'est lui." D'autres disaient : "Non, mais il lui ressemble." Lui disait : "Ego eimi/C'est moi."
Ces termes renvoient encore à la révélation de Dieu en (Ex 3). Mais les spectateurs ne veulent pas reconnaître le miraculé, pas plus qu'ils n'ont voulu reconnaître Jésus. On dirait qu'ils font tout pour ne pas voir.

(9,10)  Ils lui dirent alors : "Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts ?"
(9,11)  Il répondit : "L'homme qu'on appelle Jésus (le miraculé a entendu parler de Jésus) a fait de la boue, il m'en a enduit les yeux et m'a dit : Va-t-en à Siloé et lave-toi. Alors je suis parti, je me suis lavé et j'ai recouvré la vue."
On insiste à nouveau sur le geste de Jésus. Jusque-là, il peut être répréhensible du seul fait qu'il pourrait s'apparenter à de la magie, mais, avec le rappel de l'envoi à la piscine de Siloé, cœur de la fête de Sukkot, Jean fait le lien avec la prétention de Jésus à être "l'eau vive" de la Torah (Jn 7,37s) et avec la condamnation à mort qui s'en suivie à la fête (Jn 8,59) (+1).

(9,12)  Ils lui dirent : "Où est-il ?" Il dit : "Je ne sais pas."
Comme en (Jn 5), le miraculé ne reconnaîtra Jésus qu'après qu'il ait prononcé une parole sur le péché (Jn 5,14s).

(9,13)  On le conduit aux Pharisiens, lui, l'ancien aveugle.
(9,14)  Or c'était sabbat, le jour où Jésus avait fait de la boue, et lui avait ouvert les yeux.
Cette
mention du sabbat aggrave les choses. Parmi les interdits en Sabbat : labour et moisson (Ex 34,21), allumer le feu (Ex 35,3) et ramasser du bois (Nb 15,32-36). La Mishna connaissait trente-neuf interdits en sabbat, qui se sont ensuite subdivisés chacun en six (LMVJ p.333). Guérir, avec tous les rites qui accompagnent, était interdit (+2).

(9,15)  A leur tour les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur dit : "Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois."
Le même geste, déjà susceptible d'accusation de magie, est maintenant confronté aux règles du shabbat. Comme en (Jn 5,14-16), c'est seulement lorsque Jésus est dénoncé pour avoir fait le miracle du paralysé en shabbat, que la question de son identité divine est posée (+3)
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(+1)  
« Va te laver à la piscine de Siloé. » Siloé c’est "Shaliah/l’envoyé". Il a affirmé qu’il était l’Eau, la Lumière ! L’aveugle obéit sans comprendre, mais Jean, qui rapporte l’événement, en saisit toute la portée, toute la signification symbolique. Pour Jean, la plénitude de sens est manifeste : l’Eau de la Torah, la piscine de l’Envoyé, il faut qu’il fasse les œuvres de l’Envoyé, tant qu’il fait jour, vient-il de dire (Jn 9,4) puisqu’il est l’Envoyé ! Le grec qui traduit "apestalmenos" – a la consonance d’apôtre. Jésus est shaliah – envoyé du Père – et il envoie ses apôtres. L'aveugle va, se lave, et s’en revient en voyant !

(+2) 
Cracher par terre, étant un rite apotropaïque pour chasser les esprits mauvais, était à éviter. Faire un mélange était tout aussi grave. Oindre, sauf s'il s'agissait du prince avec le l'eau de rose, était de même interdit. 
Interdiction de cracher, de faire de la boue : de faire « un mélange », interdit de malaxer, de pétrir, le jour de Shabbat ! Jésus fait les trois choses cf. (Brown, Evangile de Jn, ad locum). M Shabbat  7,2 : Braver ces interdits l’un après l’autre ne relève plus de l’inattention, mais de la provocation.
Par ces trois gestes provocants, soulignés à chaque reprise du récit de la guérison de l’aveugle-né effectuée en Shabbat, Jésus se situe manifestement et délibérément au-dessus de la Torah.
   
(+3) 
L’aveugle guéri ne parle plus de la salive. Mais, comme la boue est faite de terre et de salive, on peut considérer que les trois interdits sont bien présents dans son récit. Les interlocuteurs demandent à l’aveugle guéri de répéter une fois encore comment les choses se sont produites. Les pharisiens qui sont là, « qui voient clair », et vont « juger » s’il y a là un miracle véritable. Le miraculé répète. Il devient alors évident que Jésus a fait tout ce qu’il ne fallait pas faire en Shabbat. « Cela ne peut donc pas venir de Dieu ! »
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Les pharisiens ne sont pas encore les héritiers exclusifs du judaïsme rabbinique. Ils ne s'opposent pas tous à Jésus. 

Les pharisiens divisés au sujet de Jésus

(9,16)  Certains des Pharisiens disaient : "Il ne vient pas de Dieu, cet homme-là, puisqu'il n'observe pas le sabbat" ; d'autres disaient : "Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes ?" Et il y eut scission parmi eux.
Il y a là division chez les pharisiens. Cf. courants officiel - hostile à la prophétie et aux miracles - et apocalyptique qui accepte une irruption du salut dans le temps, manifestée par un prophète et des miracles.

(9,17)  Alors ils dirent encore à l'aveugle : "Toi, que dis-tu de lui, de ce qu'il t'a ouvert les yeux ?" Il dit : "C'est un prophète."
Maintenant, le miraculé désigne clairement Jésus  comme un prophète. Il appartient aux fidèles de l'apocalyptique ou le devient.

(9,18)  Les Juifs (+1) ne crurent pas qu'il eût été aveugle tant qu'ils n'eurent pas appelé les parents de celui qui avait recouvré la vue.
Par contraste avec le miraculé, les pharisiens du courant officiel, refusent de reconnaître les faits. Le premier réflexe est toujours de nier les faits qui ne semblent pas cadrer avec l'idéologie ou la foi.

(9,19)  Ils leur demandèrent : "Celui-ci est-il votre fils dont vous dites qu'il est né aveugle ? Comment donc y voit-il à présent ?"
Le miracle étant manifeste ainsi que l'identité du miraculé, l'accent se déplace sur le fait qu'il était "de naissance". Si c'est le cas, il avait besoin d'une guérison qui répare la tare à l'origine, au niveau de l'acte de procréation si voisin de l'acte de création, cf. (2 Mc 7,28). Dans ce cas, la guérison relève, elle aussi, de la puissance du Créateur à l'origine.

(9,20)  Ses parents répondirent : "Nous savons que c'est notre fils et qu'il est né aveugle.
(9,21)  Mais comment il y voit maintenant, nous ne le savons pas ; ou bien qui lui a ouvert les yeux, nous, nous ne le savons pas. Interrogez-le, il a l'âge ; lui-même s'expliquera sur son propre compte."
Les parents mesurent l'enjeu de la question qui leur est posée. Comme il s'agit de reconnaître cette puissance de recréation en Jésus, ils s'abstiennent. Dans le débat avec les "officiels", les parents ne veulent pas se prononcer. 

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(+1) 
Habituellement, quand Jean dit "les juifs", il s'agit des "Judéens", c'est-à-dire des officiels de Jérusalem que nous appelons "courant officiel". Pour ce courant, les derniers prophètes sont Aggée, Zacharie et Malachie. A l'opposé, les fidèles de Qumran admettent que la prophétie continue pour eux avec le "Maître de Justice".
Si Jésus révèle la Torah orale en contradiction avec l'interprétation du Sanhédrin, cela signifie que cette dernière est « voilée » et que la bonne interprétation est celle de l'apocalyptique : le péché a aveuglé, voilé, la Torah et ses interprètes ; c'est par respect pour le refus des hommes que Dieu s’est retiré et quant il reviendra et dévoilera à nouveau la Torah, il octroiera au préalable le pardon. Telle est la lecture apocalyptique.
Les Juifs ont parfaitement compris que Jésus se situait au-dessus de l’interprétation sanhédrite. La question est alors : « Nous, sanhédrites, sommes-nous donc pécheurs ? Notre intelligence est-elle voilée par le retrait de Dieu dû à notre péché ? » A moins que, et cela les blanchirait : « C’est lui Jésus qui est pécheur ! ». Tout ce passage de (Jn 9,24-41) tourne autour de ce dilemme : qui est le pécheur ? lui ou nous
Et la péricope se termine par : « Si vous étiez aveugles, vous seriez sauvés. Mais vous dites : Nous voyons ! Alors votre péché demeure, et vous ne serez pas sauvés ! » La déclaration finale de Jésus est : « C’est vous qui êtes dans le péché ! » (Jn 9,41). Eux, les Juifs qui avaient dit au début au miraculé : « Rends gloire à Dieu, nous savons, nous, que c’est un homme pécheur ! » (Jn 9,24).  
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Cette relecture est vraisemblablement contemporaine de l'assemblée de Yavné qui a, par la "birqat haminim/bénédiction contre les hérétiques", exclu les juifs-chrétiens de la synagogue (entre +85 et +90). 

Actualisation dans l'Eglise après Yavné

(9,22)  Ses parents dirent cela parce qu'ils avaient peur des Juifs ; car déjà les Juifs étaient convenus que, si quelqu'un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue.
(9,23)  C'est pour cela que ses parents dirent : "Il a l'âge ; interrogez-le."
Les versets de Jn 9,22-23 font manifestement une parenthèse dans le récit et doivent être un ajout tardif qui fait allusion à l’exclusion des chrétiens de la synagogue. Cette exclusion n’interviendra que cinquante ans plus tard vers 85-91 AD. Mais les parents de l’aveugle-né se comportent comme si cette exclusion était déjà en application à ce moment-là. 
C'est le cœur du débat dans le discernement entre le miraculé qui voit et ceux qui veulent être les seuls à discerner et qui finalement sont aveugles. Le discernement porte en fait sur le blasphème contre l'Esprit Saint. C'est la conclusion du débat de la fête de Sukkot précédente. Mais elle est maintenant appuyée sur un acte de puissance dont Jésus a dit en (Jn 5,36) qu'ils étaient ses principaux témoins. Le lien est ainsi fait entre la seconde Sukkot (Jn 5) et la troisième Sukkot (Jn 7) et (Jn 8). 

L'accusation de blasphème et l'excommunication

(9,24)  Les Juifs appelèrent donc une seconde fois l'homme qui avait été aveugle et lui dirent : "Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur."
Les pharisiens du courant officiel, ne pouvant refuser les faits, veulent empêcher le miraculé de témoigner comme il a commencé de le faire. Ils tentent de le persuader que, loin d'être un "prophète", Jésus est un pécheur. Et ce sont eux, des hommes de Loi, qui sont autorisés à faire ce discernement.

(9,25)  Lui, répondit : "Si c'est un pécheur, je ne sais pas ; je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et à présent j'y vois."
Pour le miraculé, l'évidence est là. Il renvoie les opposants à leur discernement.

(9,26)  Ils lui dirent alors : "Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ?"
(9,27)  Il leur répondit : "Je vous l'ai déjà dit et vous n'avez pas écouté.
Le propre du judaïsme est d'"écouter" la parole (Dt 6,4). Pour le miraculé l'enjeu est clair : qui doit-on "écouter" : Jésus ou les officiels ? En disant à ces derniers : « Vous n’avez pas écouté ! » - en hébreu, l’inverse du "Shema Israël/Écoute Israël" (Dt 5,1), l’aveugle guéri dit : « Vous n’avez pas écouté la nouvelle proposition de Dieu en Jésus. »
Pourquoi voulez-vous l'entendre à nouveau ? Est-ce que, vous aussi, vous voudriez devenir ses disciples ?"
. 
S’ils voulaient "l’écouter", ils seraient « disciples » ! Ils ont la possibilité de l’entendre à nouveau et, cette fois, de l’écouter vraiment. Ces "officiels" seraient, à
ce moment-là devant la Torah révélée, dans la nouvelle lumière qui a donné la lumière à cet aveugle de naissance. (+1) 

(9,28)  Ils l'injurièrent (+2) et lui dirent : "C'est toi qui es son disciple ; mais nous, c'est de Moïse que nous sommes disciples.
(9,29)  Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse; mais celui-là, nous ne savons pas d'où il est."
Quand, dans l'Evangile de Jean, on a cette expression "d'où il est", il s'agit toujours de l'origine céleste de Jésus.

(9,30)  L'homme leur répondit : "C'est bien là l'étonnant : que vous ne sachiez pas d'où il est, et qu'il m'ait ouvert les yeux.
La réponse est claire : Si Jésus l'a recréé de l'origine où il était aveugle, c'est qu'il vient de Dieu. Mais le discernement aboutit à l'opposé chez ses adversaires qui refusent la possibilité d'une intervention divine dépassant leur capacité de discernement. Ils concluent :

(9,31)  Nous savons que Dieu n'écoute pas les pécheurs, mais si quelqu'un est religieux et fait sa volonté, celui-là il l'écoute.
Le miraculé rétorque :
(9,32)  Jamais on n'a ouï dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né.
(9,33) Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire."
Pour le miraculé les choses sont claires, comme pour ceux qui s'ouvrent à l'apocalyptique.

(9,34)  Ils lui répondirent : "De naissance tu n'es que péché et tu nous fais la leçon !" Et ils le jetèrent dehors.
*
Les opposants atteignent le "seuil" de l'impasse : ils reconnaissent dans le miraculé un péché d'origine et refusent la possibilité - émise par l'apocalyptique - que cette guérison vienne de l'"envoyé" prophète ou "shaliah" de Dieu. Leur certitude les rend aveugles.(+3)

(9,35)  Jésus apprit qu'ils l'avaient jeté dehors. Le rencontrant, il lui dit : "Crois-tu au Fils de l'homme ?"
Le courant apocalyptique croyait depuis (Dn 7,13) que ceux qui offraient à Dieu leur vie par amour, étaient repris dans la miséricorde de Dieu (2 M 7,28s), et qu'un "fils d'homme" d'auprès de Dieu puisse descendre auprès des hommes. (+4)    

(9,36)  Il répondit : "Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ?"
(9,37)  Jésus lui dit : "Tu le vois ; celui qui te parle, c'est lui."
(9,38)  Alors il déclara : "Je crois, Seigneur", et il se prosterna devant lui.
(9,39)  Jésus dit alors : "C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles."
(9,40)  Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent : "Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles ?"
(9,41)  Jésus leur dit : "Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure."
L'ensemble du récit impose cette conclusion qui rejoint le "heureux les pauvres" du Sermon sur la montagne.  
Dans l’Évangile, le seul péché qui ne connaîtra pas la rémission, c’est le péché de celui qui affirme que Dieu ne peut pas revenir pour pardonner. Par là, il se coupe de la racine du pardon. Est-ce à dire que ceux qui ont refusé Jésus autrefois sont exclus du salut. Evidemment non puisque sur la croix Jésus a imploré le pardon pour ses bourreaux : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font" (Lc 23,34). Certes, on doit croire qu’il y a un enfer, parce que Dieu respecte notre liberté. Mais on n’est pas obligé de croire qu’il y a des damnés. Que l’Eglise johannique ait affirmé : « Si vous continuez à nous excommunier, si vous blasphémez contre l’Esprit Saint, vous resterez dans votre péché », on comprend qu’ils pouvaient difficilement dire autre chose ! 
Derrière l’aveugle-né, il y a toute l’humanité dans son péché originel. L’humanité pardonnée de son péché originel. 
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(+1)
Les Qumraniens accusent les gens de Jérusalem de n’avoir pas reconnu l’Esprit Saint dans le Maître de Justice qui leur interprétait la Torah, en s'autorisant même à donner par écrit son interprétation des Ecritures, avec le tétragramme YHWH comme dans l’Écriture Sainte. Choqués de cela, les Juifs de Jérusalem accusaient le Maître de Justice de "blasphémer". Qumran à son tour accusait les Juifs de Jérusalem de blasphémer contre l’Esprit Saint qu'ils ne voulaient pas reconnaître dans le Maître de justice (4QMMT). 
L’Évangile promet la rémission de tous les péchés à l’exception, lui aussi, du "blasphème" contre l’Esprit Saint (Mt 12,31-32) ; (Mc 3,28-29) ; (Lc 12,10) qui interdit à Dieu de rouvrir la prophétie. Depuis Qumran, l’interprétation de cette expression est claire : "Si, comme les gens de Jérusalem, vous refusez qu'il y ait un autre Esprit Saint que celui du Sanhédrin interprétant les textes », alors il vous est impossible d’obtenir l’ouverture du ciel ! Et, la conséquence est alors : « Vous restez dans votre péché ! » L'accusation en grec est : "blasphémein"; elle a son correspondant "loidorein". L'un pour l'accusation, l'autre pour la réponse.
(+2) 
On a ici "éloidorèsan" qui est la réponse à l'accusation de blasphème implicite dans l'accusation que fait l'aveugle à ses détracteurs de ne pas reconnaître l'Esprit Saint en Jésus.
(+3) 
Il n'est pas impossible que du vivant de Jésus, des mesures d'intimidation aient été prononcées dans le même sens, car il est peu probable que Jésus ait été mis en procès à toutes les fêtes de Sukkot dans l'Evangile de Jean de manière plus vraisemblable que dans la semaine sainte liturgique des synoptiques et cela n'ait pas eu d'incidences dans les mises en garde synagogales (Lc 4,20-30). 
(+4) 
On lira à ce sujet Boyarin "Le Christ Juif" le Ch. 1 sur le "fils de l'homme". Le Fils de l’Homme, dans Hénoch, peut être « Celui que l’on attend et qui va revenir assurer la délivrance d’Israël ». Le martyr, remonté au ciel, qui est à la droite de Dieu, avec les livres ouverts et qui va « juger » les peuples qui ont martyrisé au temps de la persécution d’Antiochus Épiphane. 
Ils chassent l’aveugle guéri de la synagogue : c’est une allusion aux chrétiens qui, plus tard, seront, eux aussi, chassés de la synagogue. Il s’agit bien ici d’une relecture postpascale, ce qu’indique clairement le mot Seigneur, qui revient ici deux fois. 
L’ancien aveugle reconnaît Jésus. Il a été pardonné et guéri et confesse le Christ dans la foi, comme étant le Fils de l’Homme siégeant à la droite de Dieu. C’est donc Jésus qui remonte au ciel. Et il l’adore. Le Fils de l’Homme est à la droite de Dieu. Il a devant lui les livres ouverts et il juge. Ce jugement devait être une grande consolation pour les chrétiens de la fin du premier siècle. L'aveugle-né pardonné et rendu à la vie, comme tous les chrétiens qui ont suivi Jésus ont, comme lui, été chassés de la synagogue, alors qu’ils avaient été pardonnés et rendus, eux aussi, à la vie ! Les chrétiens sont ceux qui confessent Jésus comme Seigneur, qui le confessent comme Fils de l’Homme, lui qui a les livres ouverts, qui est assis à la droite de Dieu et qui juge ceux qui les ont condamnés !
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Le commentaire met en lumière que, remis dans son contexte des grandes fêtes juives, ce texte prend tout son sens.
Plus tard, il deviendra une catéchèse pour les juifs, les craignants-Dieu et les prosélytes, mais aussi pour les "gentils" qui demandaient le baptême. 
  

En bref, l'aveugle-né

Durant son ministère, Jésus a fait et dit des choses qui le situaient au-dessus des institutions divines d'Israël et cela ne pouvaient qu'être insupportable aux Juifs (Judéens de Jérusalem), à moins que ceux-ci ne s'ouvrent à l'annonce de Jésus, et donc accueille Jésus comme l'Envoyé du Père.
Ainsi, la guérison d'un Mal remontant à la naissance, manifeste la radicalité du salut  apporté par Jésus : il apporte une guérison qui recrée depuis les origines.
Jésus, comme en (Jn 3), (Jn 5), (Jn 6)... se révèle être "d'en haut", pré-existant, intime du Père et dévoilant la Torah de Lumière qui était voilée, inaccessible à Israël et aux hommes à cause du péché du monde. 

Les publications de référence :

Les Seuils de la Foi

Editions Parole et Silence et Université Catholique de Lille

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Le blasphème de JésusLe blasphème de Jésus
Les fondements bibliquesLes fondements bibliques
Entrer dans la foi avec la BibleEntrer dans la foi avec la Bible
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