Verset(s) de la Bible 1 R 21

Nous sommes dans le royaume d'Israël, appelé aussi du nom de sa capitale, Samarie, dans le Nord.
Au temps d'Achab, ce royaume commence à devenir riche, grâce entre autres à son alliance avec la Phénicie : le roi Achab a épousé Jézabel. Les mariages sont des alliances politiques, économiques et religieuses. La reine Jézabel introduit et développe le culte à Baal dans le royaume. 

C'est dans ce contexte que l'on a l'histoire de Nabot et de sa vigne.

Le meurtre de Nabot et la mainmise sur sa vigne par le roi Achab n'est pas sans rappeler les pratiques des rois cananéens, mais aussi le meurtre et la mainmise d'un autre roi... David (2 S 11). 

La vigne de Nabot

(21,1)  Voici ce qui arriva après ces événements : Nabot de Yizréel possédait une vigne à côté du palais d'Achab, roi de Samarie,  
(21,2)  et Achab parla ainsi à Nabot : "Cède-moi ta vigne pour qu'elle me serve de jardin potager, car elle est tout près de ma maison ; je te donnerai en échange une vigne meilleure, ou, si tu préfères, je te donnerai l'argent qu'elle vaut." 
(21,3)  Mais Nabot dit à Achab : "Yahvé me garde de te céder l'héritage de mes pères !"
(21,4)  Achab s'en alla chez lui sombre et irrité à cause de cette parole que Nabot de Yizréel lui avait dite : "Je ne te céderai pas l'héritage de mes pères." Il se coucha sur son lit, détourna son visage et ne voulut pas manger.  
(21,5)  Sa femme Jézabel vint à lui et lui dit : "Pourquoi ton esprit est-il chagrin et ne manges-tu pas ?"   
(21,6)  Il lui répondit : "J'ai parlé à Nabot de Yizréel et je lui ai dit : Cède-moi ta vigne pour de l'argent, ou, si tu aimes mieux, je te donnerai une autre vigne en échange. Mais il a dit : Je ne te céderai pas ma vigne."...  

Bible de Jérusalem (Ed. 1975)

Pour voir le texte biblique complet de 1 R 21
Ce tableau permet de situer la genèse d'un texte biblique (Mémoire, Écriture, Relecture) dans un contexte
de religions environnantes, seuil par seuil, dans des expressions de foi situées.
Religions environnantesSeuilExpressions de la FoiGenèse du texte
 
  La religion mésopotamienne 1 Les dieux du ciel - Aux origines    
  La religion égyptienne Patriarches - Le semi-nomadisme    
  La religion d'Ugarit Assimilation/rejet - Immigration    
 Début de l'écriture biblique
    - VIIIe siècle Le Baal syro-phénicien 2 Luttes contre Baal - Royaumes unifiés MEMOIRE 1  
    - VIIe siècle Le Marduk assyrien Trahison du frère - Chute de Samarie    
L'Alliance - Le Temple de Josias ECRITURE 1  
    - VIe siècle Le Marduk babylonien Hénothéisme - L'Exil RELECTURE 1  
    - Ve siècle
- IVe siècle
Mazdéïsme perse Monothéismes d'Alliance    
Prêtres et Légistes - Second Temple    
Courant apocalyptique    
    - IIIe siècle L'Hellénisme égyptien Hellénisation - Alexandre RELECTURE 2  
    - IIe siècle L'Hellénisme syrien Persécutions - Antiochus IV    
    L'Hellénisme syrien Séparation des Asmonéens - Esséniens    
    - Ier siècle Rome La foi dans un Judaïsme éclaté    
 
    de 0 à 33 Judaïsme officiel et apocalyptique sous domination romaine 3 Jésus, irruption d'un nouveau monde    
Jésus et le Temple    
Jésus et la Torah    
Jésus et la Pâque    
 Premiers écrits du Nouveau Testament
    de 33 à 70 Judaïsme officiel 4 A Jérusalem    
Missions Judéo-chrétiennes    
En Samarie    
En Syrie    
A Rome    
A Ephèse    
 La tradition patristique
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Les Pères d'Orient    
Les Pères d'Occident    
Les Pères du désert    
Des Victorins aux Scholastiques    
 
Achab (-875 - 853) a confédéré les tribus du Nord et du Sud contre Salmanasar III d'Assyrie qu'il a battu à la bataille de Qarqar (-853). Achab a sa capitale politique à Samarie où se pratiquent les cultes au Baal de sa femme Jézabel et de ses diplomates phéniciens. Sous son influence, le Sud, dont le roi Yoram épouse la fille de Jézabel, Athalie, se développe sans adhérer en profondeur à la religion du Baal.

Achab veut aussi développer dans le Nord une capitale religieuse à Yisréel dans le cadre des sanctuaires tribaux d'alors. Mais Nabot refuse de lui donner la terre de ses pères. Grâce aux prophètes Elie et Elisée, avec l'appui armé d'Hazael de Damas et de Jéhu au Nord, la religion de Baal sera écartée et les rejetons de Jézabel et d'Athalie massacrés.
Josias écrit  une première Bible,
un siècle après, alors que Samarie a été détruite en -722. Il fera de ces deux prophètes - Elie et Elisée - la charnière du livre des Rois. Ainsi les réfugiés du Nord continueront-ils dans le Sud, autour d'un temple unifié, leur lutte contre le Baal.
Le rédacteur sou Josias ne manque pas de faire le parallèle entre l'appropriation par Achab de la terre de Nabot et l'appropriation par David de la femme de Urie (2 S 11). Ce péché de David avec Bethsabée correspond à un contexte de cour où le roi est installé au palais (+1). Ce récit cadre avec l'image du roi de Juda et son épouse Athalie au temps de son alliance avec Achab et son épouse Jézabel. Les mœurs de cour y sont identiques comme en témoigne le parallèle entre les deux récits de Bethsabée et de Nabot.

Capitale politique et sanctuaires tribaux

(21,1) Voici ce qui arriva après ces événements,: Nabot de Yizréel possédait une vigne à côté du palais d'Achab, roi de Samarie, Achab a une capitale politique, Samarie, qui doit permettre à sa femme phénicienne adoratrice du Baal de pratiquer son culte avec les diplomates de son pays. Mais Achab veut aussi honorer la pratique ancestrale des tribus en développant le sanctuaire de Yizréel. Il joue sur les deux tableaux.  
(21,2)  et Achab parla ainsi à Nabot : "Cède-moi ta vigne pour qu'elle me serve de jardin potager, car elle est tout près de ma maison ; Achab a sa maison royale à Yizréel et le temple doit jouxter la maison royale (les sanctuaires du Nord ne sont pas encore unifiés avec ceux du Sud(+2). Achab veut pour cette extension religieuse la vigne de Nabot. je te donnerai en échange une vigne meilleure, ou, si tu préfères, je te donnerai l'argent qu'elle vaut." 
(21,3)  Mais Nabot, dit à Achab : "Yahvé me garde de te céder l'héritage de mes pères !" Les tribus ont alors chacune leur sanctuaire, hérité du don que le Dieu du désert leur a fait en leur permettant de passer de la transhumance à une terre fixe. Il veut honorer cet héritage de ses pères. Ceci d'autant plus qu'il sait qu'Achab honore le Baal à Samarie.  
(21,4)  Achab s'en alla chez lui sombre et irrité à cause de cette parole que Nabot de Yizréel lui avait dite : "Je ne te céderai pas l'héritage de mes pères." Il se coucha sur son lit, détourna son visage et ne voulut pas manger. 
(21,5)  Sa femme Jézabel vint à lui et lui dit : "Pourquoi ton esprit est-il chagrin et ne manges-tu pas ?"  
(21,6)  Il lui répondit : "J'ai parlé à Nabot de Yizréel et je lui ai dit: Cède-moi ta vigne pour de l'argent, ou, si tu aimes mieux, je te donnerai une autre vigne en échange. Mais il a dit : Je ne te céderai pas ma vigne." 
(21,7)  Alors sa femme Jézabel lui dit : "Vraiment, tu fais un joli roi sur Israël ! Lève-toi et mange, et que ton cœur soit content, moi je vais te donner la vigne de Nabot de Yizréel." Dans la religion du Baal que pratique Jézabel, toutes les terres comme toutes les femmes appartiennent au roi et c'est le roi qui organise le rituel pour rappeler au Baal qu'il doit féconder sa terre. Jézabel met en œuvre la pratique de son culte au Baal.  
(21,8)  Elle écrivit au nom d'Achab des lettres qu'elle scella du sceau royal, et elle adressa les lettres aux anciens et aux notables qui habitaient avec Nabot. 
(21,9)  Elle avait écrit dans ces lettres : "Proclamez un jeûne et faites asseoir Nabot en tête du peuple. 
(21,10)  Faites asseoir en face de lui deux vauriens qui l'accuseront ainsi : Tu as maudit Dieu et le roi ! Conduisez-le dehors, lapidez-le et qu'il meure !" Cet épisode du meurtre pour la possession d'une terre a son correspondant dans le péché de David qui pour posséder la femme de Urie le hittite le fait tuer au combat(+3).  

(21,11)  Les hommes de la ville de Nabot, les anciens et les notables qui habitaient sa ville, firent comme Jézabel leur avait mandé, comme il était écrit dans les lettres qu'elle leur avait envoyées. 
(21,12)  Ils proclamèrent un jeûne et mirent Nabot en tête du peuple. 
(21,13)  Alors arrivèrent les deux vauriens, qui s'assirent en face de lui, et les vauriens témoignèrent contre Nabot devant le peuple en disant : "Nabot a maudit Dieu et le roi." On le fit sortir hors de la ville, on le lapida et il mourut.  
(21,14)  Puis on envoya dire à Jézabel : "Nabot a été lapidé et il est mort." 
(21,15)  Lorsque Jézabel eut appris que Nabot avait été lapidé et qu'il était mort, elle dit à Achab : "Lève-toi et prends possession de la vigne de Nabot de Yizréel, qu'il n'a pas voulu te céder pour de l'argent, car Nabot n'est plus en vie, il est mort."  
(21,16)  Quand Achab apprit que Nabot était mort, il se leva pour descendre à la vigne de Nabot de Yizréel et en prendre possession. 
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(+1)
Le récit ne cadre pas avec le roi bandit des premières mémoires sur David (1 S 22). Ces premières mémoires servaient à enraciner le fondateur de la dynastie du Sud dans un passé d’autant plus vénérable qu’il était lointain.
(+2)
Ils le seront sous Ezéchias (2 R 18,4).
(+3)
Ces deux récits datent pour l'essentiel de la même période. On est au début de l'écriture biblique et le Royaume du Sud doit son développement à l'Alliance avec le Nord qui donne au roi d'épouser
Athalie, la fille de Jézabel. Le péché de David en (2 S 11) est de même facture que le péché d'Achab contre Nabot. Le péché de David sera suivi d'un repentir (2 S 12) de même qu'ici le repentir d'Achab lui garantira la vie à la fin de notre chapitre. Le David de (2 S 11) est donc une rétroprojection à l'origine de la royauté du Sud (10ème s.), de ce qu'avait été le roi de Jérusalem au temps de son alliance avec Achab et son culte au Baal (IXe s.). David finira même par être considéré (VIIIe s.) comme le roi ancestral unique des deux royaumes du Nord et du Sud considérés rétrospectivement comme unifiés par la lutte de David contre Saül au Nord.
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Le rédacteur voit dans le meurtre de Nabot les prémices de toute une histoire qu'il rattache à ce meurtre : au lieu où le sang de Nabot a été versé, les adorateurs de Baal verront leur sang léché par les chiens sans sépulture ! Cela vise les massacres qui seront faits par Jéhu des successeurs d'Achab et de Jézabel.

La contre-attaque d'Elie et Elisée

(21,17)  Alors la parole de Yahvé fut adressée à Elie le Tishbite en ces termes : 
(21,18)  "Lève-toi et descends à la rencontre d'Achab, roi d'Israël à Samarie. Le voici qui est dans la vigne de Nabot, où il est descendu pour se l'approprier.  
(21,19)  Tu lui diras ceci : Ainsi parle Yahvé : Tu as assassiné, et de plus tu usurpes ! Le prophète interpelle une nouvelle fois Achab, au nom de YHWH (la première fois il amena la sécheresse, pour ensuite montrer que YHWH, bien mieux que Baal, était en mesure de faire tomber le feu du ciel (1 R 18). Ici, Elie reçoit une nouvelle mission de YHWH : annoncer la punition d'Achab.
C'est pourquoi, ainsi parle Yahvé : A l'endroit même où les chiens ont lapé le sang de Nabot, les chiens laperont ton sang à toi aussi." Le sang de Naboth a été versé à Yizréel, et bien, c'est là que les chiens laperont le sang d'Achab (1 R 22,38), et le sang de son successeur Yoram (2 R 9,26) et celui de Jézabel (2 R 9,36) !
(21,20)  Achab dit à Elie : "Tu m'as donc rattrapé, ô mon ennemi !" Elie répondit : "Oui, je t'ai rattrapé. Parce que tu as agi en fourbe, faisant ce qui déplaît à Yahvé,  (21,21)  voici que je vais faire venir sur toi le malheur : je balayerai ta race, j'exterminerai les mâles de la famille d'Achab, (cf. supra) liés ou libres en Israël.  
(21,22)  Je ferai de ta maison comme de celles de Jéroboam fils de Nebat et de Basha fils d'Ahiyya, car tu as provoqué ma colère et fait pécher Israël.  
(21,23)  Contre Jézabel aussi Yahvé a prononcé une parole : Les chiens dévoreront Jézabel dans le champ de Yizréel.  
(21,24)  Celui de la famille d'Achab qui mourra dans la ville, les chiens le mangeront, et celui qui mourra dans la campagne, les oiseaux du ciel le mangeront." La punition suprême privant l'homme d'un quelconque accès au divin est le fait d'être laissé sans sépulture. (+1) 
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(+1) Dans la lecture de l'évolution, on peut reconnaître l'apparition de l'homme par le fait qu'il enterre ses morts.
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Le rédacteur de Josias a placé Elie et Elisée au centre de l'histoire des rois, comme emblèmes de sa théologie. Achab, lui, est la figure emblématique de l'infidélité : en introduction au règne d'Àchab, le roi est présenté comme successeur de Jéroboam, celui-là même qui a introduit les "veaux" de Dan et de Béthel, accomplissant ainsi la prédiction du temps de Josué : malheur à celui qui  rebâtira Jéricho (1 R 16,34)//(Jos 6,26). (1+) 

Mais son règne annonce aussi les malédictions du futur avec les massacres de Hazaël et de Jéhu (841-814) (2 R 9).


Condamnation d'Achab

(21,25)  Il n'y eut vraiment personne comme Achab pour agir en fourbe, faisant ce qui déplaît à Yahvé, parce que sa femme Jézabel l'avait séduit. On retrouve la condamnation d'Achab en conclusion comme en introduction (1 R 16,29-34). 
(21,26)  Il a agi d'une manière tout à fait abominable, s'attachant aux idoles, comme avaient fait les Amorites que Yahvé chassa devant les Israélites. Pour le rédacteur josianique, le péché d'Achab est un mépris de l'Exode. Aussi tente-t-il à travers ses récits de donner un credo commun aux tribus du Nord et du Sud rassemblées autour d'un seul temple à Jérusalem après la défaite du Nord à Samarie. Sa théologie de l'exode célèbre la victoire sur les Amorites, et Achab avec son retour au baalisme est un contre-témoignage de l'Exode.  
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(1+) 
Le résumé de la vie d'Achab renvoie à Josué qui a fait entrer les tribus  - symbolisées par douze pierres - en passant le Jourdain. Le rédacteur reprend les mémoires et on retrouve les "douze pierres" de l'autel sur lequel le feu du ciel tombe au Carmel.
La vie d'Achab apparaît ainsi comme le contre-témoignage du récit d'entrée en terre promise. Josué a émis de la part de YHWH une malédiction contre celui qui rebâtirait Jéricho (Jos 6,26), or, c'est Achab qui rebâtira Jéricho, au prix de ses deux fils offerts en sacrifice de fondation sous les remparts (1 R 16,34), pratique courante chez les rois cananéens. Le règne d'Achab est encadré par une double condamnation : l'une au seuil de son règne, l'autre en conclusion du récit de Nabot, et final de son règne (1 R 22,29-37).
Dans cet ensemble littéraire, il semble que le motif des "chiens qui lèchent le sang de la vengeance" amènent à situer l'histoire de Nabot assez haut dans les mémoires.
Cette histoire correspond à la lutte contre le Baal, telle qu'on la trouve en (Jg 6) : Gédéon contre Baal. Elle a été suffisamment forte pour devenir emblématique, et origine de la punition qui frappera toute la descendance des rois du Nord, qui tous ont pactisé avec le Baal. L'histoire des deux capitales, l'une politique et l'autre religieuse, pourrait bien être aussi à l'origine de l'épisode du Carmel, frontière entre la Phénicie et Israël, pour punir ceux qui "clochent sur les deux pieds" (politique et religieux).
Le péché d'Achab envers Nabot ressemble à celui de David envers Urie. David voit sa punition différée après sa faute, du fait de sa repentance. De même Achab a aussi sa punition différée au motif de sa repentance. Et ceci vaut pour tout le royaume du Sud qui a, lui aussi, trempé dans la faute au temps de son alliance avec Achab et du mariage avec Athalie. Mais la faute du roi dans le Sud, est comme reportée dans l'histoire ancienne, antidatée dans le récit de la faute de David et donc déjà pardonnée. De fait, on ne mentionne pas le péché du roi du Sud, mais seulement celui d'Athalie. Joas (2 R 12) a, en effet, été préservé par les prêtres qui l'ont caché et devient le pionnier du culte restauré. Même Athalie a un traitement de faveur ; tuée elle aussi, elle meurt dans le palais et n'est pas assimilée à Achab et Jézabel par l'absence de sépulture (2 R 11,20).
voir Mario Liverani : La Bible et l'invention de l'histoire ; Dany Nocquet, Le livre noir de Baal.
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Le rédacteur deutéronomiste, après l'exil, explique pourquoi Achab qui aurait dû être puni tout de suite, ne le sera que plus tard.

Sursis et fin d'Achab

(21,27)  Quand Achab entendit ces paroles, il déchira ses vêtements, mit un sac à même sa chair, jeûna, coucha avec le sac et marcha à pas lents.
(21,28)  Alors la parole de Yahvé fut adressée à Elie le Tishbite en ces termes :
(21,29)  "As-tu vu comme Achab s'est humilié devant moi ? Parce qu'il s'est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur pendant son temps ; c'est au temps de son fils que je ferai venir le malheur sur sa maison."
Elie reçoit sa mission à l'Horeb (1 R 19,15-17). Il aura pour successeur Elisée pour oindre Hazaël de Damas. C'est cet Hazaël que Achab, après son repentir, et avec l'aide du roi du Sud Josaphat, décide d'attaquer pour reprendre Ramot de Galaad qui a toujours été fidèle à Israël (1 R 22). Achab trouve la mort dans ce combat. La transition se fait alors entre Elie et Elisée. Ce dernier conformément à la mission donnée à l'Horeb sacrera Hazaël qui aidera le roi Jéhu à renverser les deux dynasties du Nord et du Sud (2 R 9.10) puis il disparaîtra à son tour (2 R 13,14-21) (+1)
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(+1)
M
ario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire.
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Après la découverte du monothéisme, en période d'hellénisme, la tradition sur Elie va prendre un double relief. 

Elie au temps de l'hellénisme

Malachie (Ml 3) : "Elie ramènera le cœur des Pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères" signifiera : Il ramènera chez elles les familles divisées (Ribaz). Dans les groupes de mouvance apocalyptique, Elie renvoie à l'attente d'une manifestation nouvelle de l'amour de Dieu, faisant irruption dans l'histoire, avant la fin des temps.
Siracide (ecclésiastique) :(Si 48,1-14) : les attributs d'Elie sont le feu (1 et 3), sa parole comme une torche (1), il est le zélé (2), glorieux dans ses prodiges (4) : il a ressuscité un mort. Il est au Sinaï et à l'Horeb (7).  Il oint Hazaël et a un successeur (8). Il est emporté dans le ciel. Il doit ramener le cœur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob (Si 36,10) ; (Si 48,10) ; (Ml 3,23)) ; heureux ceux qui le verront... endormis dans l'amour... possédant la vie.
Dans le livre d'Hénoch, II° siècle av JC : Elie remonté au ciel, est le dernier prophète à être assimilé à un "agneau" dans le bestiaire. Dans l'apocalypse des semaines, Elie est attendu par ceux qui sont les agneaux blancs représentant la secte qui se rattache à cette espérance.  (+1)
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(+1) Littérature intertestamentaire.
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L'histoire de la vigne de Nabot peut remonter au temps d'Achab (-850). Elle reflète le contexte du royaume du Nord fortement en prise avec les cultes à Baal. Ces cultes ont du proliférer sous l'influence phénicienne de Jézabel.
Les mémoires ont gardé le souvenir des infidélités à YHWH et de ces combats contre Baal. Grâce à des hommes de Dieu : Elie et Elisée, le peuple est resté fidèle à sa foi des origines, à YHWH plutôt que Baal. 

Ces luttes propres au processus d'assimilation-rejet font partie de l'identité du royaume du Nord. 

 C'est au VI° siècle, sous le règne de Josias que tout cela a été rédigé et mis en une première "histoire sainte". Josias pour faire et affermir l'unité de son royaume, intègre les mémoire et traditions du nord afin que les réfugiés de Samarie se reconnaissent aussi dans la réforme de Josias. Un point fort de la théologie de Josias devient alors la fidélité au dieu de "nos pères" et la réception de la terre comme don sacré de YHWH, l'attachement à YHWH seul.  

En bref, la vigne de Nabot

Nabot a reçu sa terre de ses pères qui se sont installés en Canaan alors qu'ils étaient semi-nomades. Cette terre leur fut donnée par YHWH, elle est sacrée ! sacrée aussi la mémoire des pères.
Achab a beau être roi, en Israël, il n'est pas au-dessus des traditions et des lois de YHWH reçues de "nos pères" !
Pour un roi cananéen, cela n'a pas de sens. Le roi est maître - à l'image de Baal - des terres et des femmes. Comment un agriculteur pourrait-il venir s'opposer à cet ordre sacré ? C 'est bien ce que fait valoir Jézabel... Et Achab doit choisir... Et il opte pour la manière de faire des rois cananéens... Tout comme David se comporte en roi cananéen quand, au lieu d'être à la guerre, il reste au palais, prend Bethsabée et fait tuer Urie (2 S 11), Achab prend la terre de Nabot et le fait assassiner.
Mais n'est-ce pas là ce qui se passe depuis des siècles, un peu partout sur terre ? le petit spolié par le puissant, le gêneur éliminé par le pouvoir en place !
Pourtant, quelque chose d'inédit est en train de se jouer à travers ce récit ; c'est que précisément, cela est raconté... c'est qu'il doit y avoir une conscience dans ce peuple d'un autre sacré, d'une instance supérieure au pouvoir établi et aux puissantes de ce monde ! C'est ce que Elie et Elisée portent ! Leur voix a traversé les âges pour venir jusqu'à nous, nous interpeler encore : tu as assassiné et voici que tu usurpes ! En écho à cela, on peut entendre la voix de Dieu à Caïn : qu'as-tu fait de ton frère ? (Gn 4). Et comment ne pas penser à la mort du Baptiste, où la femme du roi Hérode se débrouille, comme Jézabel, pour faire tuer Jean le prophète. L'histoire de Naboth perdurera et perdure... Ils sont trop peu nombreux ceux qui résistent aux pressions des puissants pour rester fidèles à Dieu et quels sont les hommes de Dieu qui se lèvent au nom des sans voix pour dénoncer ces injustices ?   

Les publications de référence :

Les Seuils de la Foi

Editions Parole et Silence et Université Catholique de Lille

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