Verset(s) de la Bible Gn 1-11

Ces onze premiers chapitres de la Bible rassemblent des récits sur les origines du monde. Certains sont bien connus : la création du monde en sept jours (Gn 1), Adam et Eve au jardin d'Eden (Gn 2-3), Caïn et Abel (Gn 4), le déluge (Gn 6-7-8-9), la tour de Babel (Gn 11) ; d'autres moins : les généalogies des patriarches avant le déluge (Gn 5), les "fils de Dieu" sur terre (Gn 6), ou le peuplement de la terre (Gn 9-10).
Tout semble dire qu'il s'agit d'un autre âge, antédiluvien, lorsque le monde a commencé... A cette époque-là, les patriarches vivaient plusieurs centaines d'années !
Comment comprendre ces récits à l'heure où les sciences apportent tant de précisions sur les débuts de l'univers, de la planète Terre et de l'humanité ?
De quels commencements et de quel monde le texte biblique parle-t-il ? D'où viennent ces récits ? Quand et par qui ont-ils été écrits ?
Enfin, quel est leur sens et leurs liens avec la foi biblique, sachant que des récits très similaires ont été retrouvés en civilisation mésopotamienne ?
Voir les commentaires dans le tableau ci-dessous.

Les récits des origines du monde

(1,1)  Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre...

(2,7)  Alors Yahvé Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant...

(3,1)  Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : "Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?"...

(4,1) L'homme connut Eve, sa femme ; elle conçut et enfanta Caïn et elle dit : "J'ai acquis un homme de par Yahvé."...

(11,4)  Ils dirent: "Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre !"...
Bible de Jérusalem (Ed. 1975)

Pour voir le texte biblique complet de Gn 1-8  et  Gn 9-11
Ce tableau permet de situer la genèse d'un texte biblique (Mémoire, Écriture, Relecture) dans un contexte
de religions environnantes, seuil par seuil, dans des expressions de foi situées.
Religions environnantesSeuilExpressions de la FoiGenèse du texte
 
  La religion mésopotamienne 1 Les dieux du ciel - Aux origines    
  La religion égyptienne Patriarches - Le semi-nomadisme    
  La religion d'Ugarit Assimilation/rejet - Immigration MEMOIRE 1  
 Début de l'écriture biblique
    - VIIIe siècle Le Baal syro-phénicien 2 Luttes contre Baal - Royaumes unifiés    
    - VIIe siècle Le Marduk assyrien Trahison du frère - Chute de Samarie    
L'Alliance - Le Temple de Josias ECRITURE 1  
    - VIe siècle Le Marduk babylonien Hénothéisme - L'Exil    
    - Ve siècle
- IVe siècle
Mazdéïsme perse Monothéismes d'Alliance    
Prêtres et Légistes - Second Temple ECRITURE 2  
Courant apocalyptique RELECTURE 1  
    - IIIe siècle L'Hellénisme égyptien Hellénisation - Alexandre    
    - IIe siècle L'Hellénisme syrien Persécutions - Antiochus IV    
    L'Hellénisme syrien Séparation des Asmonéens - Esséniens    
    - Ier siècle Rome La foi dans un Judaïsme éclaté    
 
    de 0 à 33 Judaïsme officiel et apocalyptique sous domination romaine 3 Jésus, irruption d'un nouveau monde RELECTURE 2  
Jésus et le Temple    
Jésus et la Torah    
Jésus et la Pâque    
 Premiers écrits du Nouveau Testament
    de 33 à 70 Judaïsme officiel 4 A Jérusalem    
Missions Judéo-chrétiennes    
En Samarie RELECTURE 3  
En Syrie RELECTURE 4  
A Rome    
A Ephèse    
 La tradition patristique
    + 135 Judéo-christianisme   Les Pères apostoliques    
Les Pères d'Orient RELECTURE 5  
Les Pères d'Occident    
Les Pères du désert    
Des Victorins aux Scholastiques    
 
(MEMOIRE 1)
On consultera le mot "Mythe" dans le glossaire. Gn 1, de rédaction sacerdotale postexilique (-586 à -538), pourrait s'apparenter dans les mémoires au mythe égyptien de Memphis pour ce qui est de la création par la Parole. Quoique de rédaction sacerdotale, il n'est pas impossible qu'il ait été déjà formulé avant l'Exil ; il y est évidemment relu en lien avec la Parole prophétique. Les mémoires qu'il véhicule s'apparentent plus directement au mythe babylonien Enuma Elish, surtout en ce qui concerne les modalités de création par séparation (+1). Mais le travail postérieur sur cette série d'emprunts est considérable (cf. commentaire de Gn 1).

Gn 1 Création sacerdotale postexilique

Pour consulter le texte lui même et son commentaire : voir (Gn 1,1-2,4).

en savoir plus
(+1)
Pour ce qui est du rapport avec la mythologie antique on pourra consulter le supplément au Cahier Evangile 64 p.73-75 et l'article de Christoph UEHLINGER IAT p.210s.
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(ECRITURE 2)
Rédaction sacerdotale. Pour en comprendre la structure littéraire, on pourra consulter : (Structure littéraire Gn 1-2,4)
Se reporter à l'analyse qui en est faite en (Gn 1). Elle montre le cadre sacerdotal qui raconte la création du monde non plus par une multitude de dieux mais par un seul. Les autres dieux sont mis au rang de créatures, un par un, à commencer par le dieu perse de la "lumière" Mazda (premier monothéisme spirituel au Moyen Orient). Puis c'est le tour de Marduk et enfin de Baal dans toutes ses variantes. Elle reprend, en 7 jours se terminant par le shabbat, les œuvres de création empruntées à tout le Moyen Orient et rassemblées par Babylone en 10 œuvres de création.
En (Is 4,5-7 Qumran) comme dans le courant officiel du judaïsme après la conquête d'Alexandre (-333). Dieu a créé le bien et le mal(mal limite et non mal moral). L'homme ne peut donc pas être totalement responsable quand il pèche. Il n'y a donc pas de péché originel.
Dans le courant apocalyptique Gn 1 sera relu non plus comme le congédiement des autres dieux, mais comme un statut de la création où le bien et le mal sont transfigurés par l'Amour créateur et où Adam (non encore divisé en Adam et Eve) est en communion parfaite avec son créateur et fécond dans cette communion non divisée, comme Dieu lui-même. Son refus de correspondre à l'amour met fin à cette transfiguration avec la même fécondité dans le mal.
En Mt 19 Jésus vient rendre à l'homme divisé et pécheur le statut d'unité qu'il avait à l'origine.
Les samaritains dans le "memar marqah" ont gardé une lecture beaucoup plus ouverte au prophétisme et aux miracles que le judaïsme officiel. Ils attendent la venue d'un "ta'ev", quelqu'un qui doit venir pour rendre à l'homme le statut originel de Gn 1.
(MEMOIRE 1)
On pourra de nouveau consulter la fiche sur les (mythes) au Moyen Orient. Le récit serait ici marqué par le mythe d'Athrahasis ou de Gilgamesh XII, connus à l'époque néo-assyrienne et donc connu de Josias (-640) successeur de Manassé qui avait des liens profonds d'Alliance politique avec les néo-assyriens. La création d'une seule paire d'humains remplace les 7 paires d'humains dans le mythe d'Athrahasis.


Gn 2,4-3 Le récit josianique de Création

Pour le commentaire, on pourra se reporter à l'analyse du texte en (Gn 2,4 à 3).
L'histoire d'Israël et de ses traditions d'exode à chaque famine, remémorée au temps de Josias comme retour des familles dans la terre promise est tissée avec le mythe de l'origine du monde tel qu'il s'élabore en dialogue et en contraste avec les autres cosmogonies du Moyen Orient.
en savoir plus
(+1)
On pourra consulter le Supplément aux cahiers Evangile p.73-75 et 90s. C'est à l'époque de Josias que les récits d'Alliance et leurs codes entrent en littérature sur le modèle des codes néo-assyriens qui devaient être présents à la cour de Manassé prédécesseur de Josias et que la Torah devient le modèle pratique de la foi en YHWH.
(+2)
La religions d'Israël étant patriarcale, l'homme ne "quitte" pas ses parents pour aller habiter chez sa femme et "s'attacher" à elle. C'est le contraire qui est de rigueur. Le couple de mots "Quitter/s'attacher" vise chez les prophètes l'abandon des idoles pour s'attacher à YHWH dans la Torah.
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(ECRITURE 1)
Josias reprend les traditions peut-être déjà élaborées dans les sanctuaires tribaux et qu'il rassemble dans l'unité du Temple de Jérusalem
On pourra consulter : (Structure littéraire Gn 2,4-3)
L'arbre de vie au milieu du jardin royal cananéen est ici concurrencé par l'arbre de la connaissance du bien et du mal, symbole de la réforme de Josias (+1), et l'homme (ou le roi) y reçoit l'Alliance, comme Abraham en Gn 15,12 dans le sommeil magique. Cette Alliance "berit" (mot masculin) est "le soutien comme un vis-à-vis" donné à Adam. Dans le sommeil sacré où "le berit" est donné à Adam comme à Abraham, il devient "torah" (mot féminin) représentée par la femme dont la vocation est d'ouvrir l'homme aux dieux. Comme Abraham, Adam devra "quitter" ses idoles familiales et "s'attacher" à la Torah (+2). L'Alliance donnera au roi la victoire sur le Baal comme sur l'Egypte. A moins qu'il ne succombe à nouveau aux charmes de l'arbre de vie, auquel cas il ne connaîtra que la vie vouée à la mort et à la souffrance dont la Torah avait fonction de le libérer.
La révision monothéiste a aussi contribué au remaniement de cet emprunt aux grandes mythologies du Moyen Orient. Gn 2-3 est alors encadré dans une révision monothéiste de toute la Bible. L'Adam en parfaite communion avec Dieu de Gn 1 va se confondre avec l'Adam non encore divisé et fidèle à l'Alliance de Gn 2. Une fois divisé, le statut de bonheur se maintiendra jusqu'au retour à l'arbre au milieu du jardin qui devient l'arbre de la confusion entre bien et mal au lieu d'être celui du discernement entre Bien et mal selon la Torah. Il est alors assimilé à l'arbre de vie cananéen.

Dans le courant officiel le péché de l'Adam divisé est le premier de la liste de tous les péchés, mais il n'est pas plus originel que celui des Anges du déluge (Gn 6,1) ou celui du veau d'or après le don de la Torah (Ex 32).
Dans le courant apocalyptique au contraire cette première rupture avec la transfiguration que l'amour opérait de la limite de créature en Adam opère la fin de la transfiguration avec toutes ses conséquences, jusqu'à nouvelle initiative divine à la fin des temps ou par une irruption dans le temps.
(RELECTURE 4)
Paul aux Rm 5,15-19
Dans l’épître, Paul reprend la thèse apocalyptique qui lui a été ouverte par son expérience au chemin de Damas et qu'il voit confirmée par l'universalité de l'Evangile auprès des juifs et des païens à Rome : si c'est dans le seul Christ que peut se refaire l'unité pour le monde, c'est que celle-ci s'est perdu aussi pour le monde dans le seul Adam prototype de la rédemption opérée par le seul Christ pour le monde entier. Paul n'emploie pas encore le mot "péché originel", mais la réalité de la foi de l'Eglise y est déjà exprimée de manière fondamentale dans son rapport au Christ unique Rédempteur.
St Augustin sera à l'origine du mot péché originel porté déjà dans la foi depuis l'apocalyptique pré-chrétienne, confirmée par la prédication de Jésus sur la montagne et en Mt 19 puis enfin par Paul aux Romains. 
L’histoire de Caïn et Abel fait suite à (Gn 2-3) et est de la même écriture. Elle peut lointainement avoir été empruntée au mythe de la houe donné aux humains pour l'entretien des canaux que les dieux sont trop paresseux pour faire par eux-mêmes. Ce qui expliquerait au Caïn soit l'ancêtre des forgerons. Mais l'emprunt possible au mythe de la houe est retravaillé à la lumière de l'hostilité entre les agriculteurs du Nord et les pasteurs du Sud au temps de la maison d'Omri (8° s.) et plus tard de Josias(7° s.). Il dit la difficulté de rester héritier du désert (Abel) quand l'agriculteur du Nord a la toute-puissance (Caïn). Mais le Nord tombe avec la chute de Samarie.

Gn 4 Caïn et Abel

(Gn 4 Le Adam connut Eve sa femme. Elle conçut et engendra Caïn.  Suit l’histoire de Caïn et Abel. Après le péché d'Adam, on a la question de YHWH : "Où es-tu ?" (Gn 3,9) Ici, comme après le péché d'Adam, on a la question : « Où est ton frère ? » (Gn 4,9). Suivait la malédiction du serpent (Gn 3,14). Ici on a la malédiction de Caïn (Gn 4,11). On est bien dans la suite du récit de (Gn 2-3).
Pourtant deux niveaux d'interprétation sont possibles :
- Le passage à l’agriculture conduit les semi-nomades à abandonner leur fraternité. L'Israël du Nord est plus puissant que le Sud et lui inculque le baalisme avec Jézabel et Athalie.
- Cette domination de l'agriculteur du Nord amène le roi à se conduire comme font les adeptes du Baal (meurtre du frère par Caïn (Gn 4), de Uri le hittite par David installé à la cour (2 S 11), de Naboth tué par la femme du roi installé (1 R 21). C'est la condamnation du baalisme installé pour un temps dans le Royaume du Sud et qui se poursuivrait jusque dans la trahison d'Achaz faisant Alliance avec l'Assyrien contre le frère du Nord et la chute de Samarie.
Encore une fois, le mythe du premier meurtre, présent dans toutes les religions, et l'histoire du peuple qui écrit (Josias) se marient dans les textes fondamentaux du Pentateuque. On a déjà en perspective 1 S 23 où Saül, le méchant roi du Nord, veut tuer David le juste qui épargne Saül quand il pourrait le tuer (1 S 24-26). Mais le méchant Saül pousse David à s'enrôler chez les philistins qui vont causer sa perte (1 S 29).
(MEMOIRE 1) (ECRITURE 1)
Le mot "toledot" ne décrit plus ici la généalogie d'une famille ancestrale mais une histoire. Ceci est typique de l'utilisation de la mythologie dans la Bible de Josias. Les emprunts à la mythologie sumérienne ou babylonienne sont toujours réinterprétés pour dire l'histoire de l'Alliance avec Dieu au temps de Josias. On dit moins le mythe que la place de l'histoire d'Israël dans cette cosmogonie. On est donc vraisemblablement avant la reprise sacerdotale postexilique des mémoires sous-jacentes aux écrits du temps de Josias.

Gn 6 - 8,22 Le Déluge

En Gn 6,9 Voici l'histoire (toledot) de Noé. Noé était un homme juste et intègre parmi ses contemporains et il marchait avec Dieu. Le mot « toledot » délimite dans la reprise sacerdotale postexilique les grandes étapes du récit comme autant d'étapes dans la construction du monde tel que perçu après l'Exil dans le monothéisme. Mais dans notre texte, le mot toledot ne décrit plus une généalogie mais une histoire. la "généalogie" raconte maintenant une "histoire". Le mot "toledot" introduit la généalogie de Noé et l’histoire du déluge. Il en va de même en (Gn 2,4a). Là, le même mot « toledot » conclut le texte précédent (Gn 1) et introduit le suivant (Gn 2,4b) et l'ensemble de (Gn 2-3). Ici encore "conception du monde" et "histoire" sont imbriqués l'un dans l'autre pour décrire les nouveaux "fondamentaux", mais cette fois, ces "fondamentaux ne sont plus à la dimension d'une population, mais, puisqu'il n'y a plus qu'un seul YHWH, à la dimension de l'univers et de tous les peuples du monde.
On pourra constater cette vision dans les deux schémas des familles patriarcales et des peuples de la terre (Cf. "Patriarches" dans le glossaire). 
On voit ainsi le fil rouge interprétatif que le sacerdotal impose au récit.
(Gn 6,12)  En 6,12 Dieu voit la terre « pervertie ». Dieu rétablit pourtant son « Alliance/berit ». Il l’annonce avant le déluge (Gn 6,18).
Le Deutéronome poursuit avec Abraham une autre tradition exodale et alliance bilatérale en (Gn 15,18) et (Ex 19).

(ECRITURE 2)
Après le retour d'Exil, la révision sacerdotale de ces textes changera la signification des  "toledot" en histoire des généalogies d'Adam tel que la révision monothéiste du monde l'impose désormais pour faire d'Israël la seule lignée pure au milieu des nations païennes.
(Gn 8,1)Alors Dieu se souvint de Noé et de toutes les bêtes sauvages et de tous les bestiaux qui étaient avec lui dans l'arche. Dieu fit passer un vent (rouah) sur la terre et les eaux désenflèrent.
(Gn 8,21)Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l'homme, parce que les dessins du cœur de l'homme sont mauvais dès son enfance. Plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l'ai fait.
 
(Gn 9)  Le parallèle est fait avec Gn 9, nouvelle Alliance, après le déluge. Le monde de (Gn 9) n’est plus celui « très bon » de (Gn 1). En (Gn 9,2), dans la nouvelle alliance, il est maintenant dit à l’homme : « Vous serez craints et redoutés de toutes les bêtes de la terre ». Le commandement en (Gn 9,5) sera donc l’interdiction de verser le sang « car à l’image de Dieu l’homme a été fait » (Gn 9,6).

Gn 11 Babel

Les onze premiers chapitres de la Genèse comportent des écrits sacerdotaux dont des généalogies/toledot.
YHWH a créé le monde entier et il faut repenser l'Alliance dans le cadre de cette création universelle et voir la place qu'Israël a dans le monde comme lignée voulue par YHWH. C'est alors que les prêtres écrivent toutes les généalogies/toledot. Elles font charnière entre les sections du récit dont certaines peuvent remonter à la rédaction josianique. (Cf. "Patriarches" dans le glossaire.)

Le cadre des généalogies

L'auteur sacerdotal encadre l'ensemble des matériaux rassemblés en Gn 1 à 11, par un ensemble de 10 généalogies faites pour donner le sens de ces écrits traditionnels dans la nouvelle synthèse exigée par la découverte du monothéisme. Il faut situer ces écrits les uns par rapport aux autres sur une grille de personnages qui tout à la fois disent la conception du monde que permet le monothéisme et ce que devient l'histoire des tribus et des peuples du monde dans ce nouveau paradigme monothéiste. 

N°1 (Gn 2,4) Adam

N°2 (Gn 5,1)
  Voici le livre des générations d’Adam, le jour où Dieu créa (bero’) Adam. A la ressemblance de Dieu il le fit. Homme et femme il les créa et les bénit et il appela leur nom Adam au jour où il les créa.  Tout ce vocabulaire nous ramène à la création d’Adam en (Gn 1). Le chapitre 1 se terminait par ces mots : Voici les générations des cieux et de la terre quand il les créa.
 
N°3 (Gn 6,9) Noé

N°4 (Gn 10,1) Sem, Cham, Yaphet

N°5 (Gn 11,10) Sem

N°6 (Gn 11,27) Térah

N°7 (Gn 25,12) Ismaël

N°8 (Gn 25,19) Isaac

N°9 (Gn 36,1) Esaü

N°10 (Gn 37,2) Jacob
 
(Gn 17)  Le sacerdotal continue son œuvre d’interprétation généalogique et cultuelle avec Abraham en (Gn 17) (circoncision d’Abraham anticipant unilatéralement le Sinaï) et en (Ex 6) (vocation de Moïse).
Le sacerdotal n’a aucun récit de la chute ((Gn 3) n’est pas sacerdotal) et encore moins d’une chute à répercussion pour tous (péché originel) puisqu’il n’y aura plus de déluge. L’absence de péché originel dans le judaïsme rabbinique du courant officiel en hérite. Ou encore : le monde est profondément « perverti » ; il n’est sauvé que par la décision de Dieu de refaire Alliance et de ne plus renouveler le déluge. Ceci aussi se retrouvera dans la pensée rabbinique officielle.

Jésus

Matthieu (Mt 1,1-17) et Luc (Lc 3,23-38) reprendront ce type de généalogies dans les généalogies de Jésus. L’Alliance mosaïque du Sinaï (Décalogue (Ex 20) ; code (Ex 21-23) ; célébration (Ex 24,1-8)) est suivie du Veau d’or ((Ex 32), rappel du déluge) avec intercession de Moïse ((Ex 32,30), rappel de Noé) et reprise d’alliance (rappel de l’arc en ciel, (Ex 34)) poursuit le fil rouge interprétatif de la composition rédactionnelle de P.

Les Pères de l'Eglise

Aphraate
La plupart de ces récits ont vu le jour dans un autre monde que celui de l'univers biblique ; c'est le cas du récit du déluge par exemple.
Par ailleurs, ces textes datent de différentes époques : (Gn 1) a été écrit à la fin de l'exil à Babylone (vers - 530), alors que (Gn 2-3) a été écrit en grande partie avant l'exil (vers - 620).
Pour comprendre le sens de ces récits et les liens avec la foi d'Israël, il est nécessaire de situer chaque texte dans son contexte, et plus particulièrement, de son contexte de foi : quelle était la vision du monde des auteurs de ces textes ?  En quel Dieu croyaient-ils ?

En bref, les récits des origines du monde

Les auteurs bibliques vivaient dans la culture de l'époque et connaissaient les récits de création - cosmogonies - chargés de raconter la naissance du monde et de donner le sens de la vie et de la mort...
Spontanément, ils ont repris ces récits, mais pour y inscrire leur propre vision du monde et de l'histoire.
Ainsi, à l'époque où Israël accède au  monothéisme d'Alliance, des prêtres écrivent Gn 1 à partir d'un récit de création babylonien qu'ils transforment en une confession de foi en YHWH l'unique Dieu Créateur du ciel et de la terre (Gn 1).
Au temps de Josias, alors que l'on passe à la monolâtrie et qu'une véritable théologie de l'Alliance s'élabore, on reprend un vieux récit de création pour inscrire l'Alliance comme le fondement du peuple ; ce sera (Gn 2-3). 
(Gn 4) pleure sur la rivalité ancestrale, mortifère et bien historique entre le royaume du Nord (agriculteur - riche) et le royaume du Sud (éleveur, encore semi-nomade, pauvre).
(Gn 5) évoque ce temps mystérieux où la vie était longue parce que le péché n'avait pas encore fait son œuvre...
(Gn 6) s'inspire d'histoires babyloniennes pour exprimer ces temps fantastiques où peut être le désordre du monde est venu du ciel ?
L'histoire du déluge a dû faire une si grande impression sur les exilés à Babylone, qu'ils l'ont repris, mais pas sans y inscrire leur foi : les malheurs viennent du péché et non de la volonté arbitraire des dieux ! L'arche et ceux qui s'y réfugient représentent bien sûr "le petit reste" qui a traversé miraculeusement le chaos de l'exil pour revenir à sa terre. YHWH est l'unique Dieu, c'est lui qui scelle avec son peuple une Alliance éternelle, que nul ne pourra rompre.
A travers les généalogies, les prêtres empruntent aux mythes de l'époque, mais c'est pour encourager Israël et affermir sa foi : Dieu a toujours donné une descendance à son peuple, il continuera de le faire !
(Gn 11) reprend des histoires chantant l'orgueil de Babylone ; mais pour les prêtres, il est clair que seul Dieu est maître du monde !  Celui qui s'élève sera abaissé ! Et l'humble petit peuple rescapé de la tourmente sera élevé...

Les publications de référence :

les_seuils_de_la_foi

Editions Parole et Silence et Université Catholique de Lille

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